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Des stratégies agricoles en pleine mutation dans un contexte de fin de frontière et d’urbanisation – au fait, les chercheurs sont-ils au courant ?

Author: Mary Tiffen

Date: 08/02/2007

Introduction:

Dans de nombreuses régions arides d’Afrique, la plupart des terres convenant à la culture sont déjà exploitées en raison de l’expansion des populations rurales. Cela signifie que la terre est devenue une ressource rare. Ceux qui veulent agrandir une exploitation le font en achetant ou en louant des terres, ou, dans certains cas extrêmes et à condition d’en avoir le pouvoir, en s’en emparant ou en les confiscant. Dans de telles zones, la jachère n’est plus possible. Pour maintenir la fertilité, les agriculteurs doivent se tourner vers d’autres stratégies, telles que la fumure ou l’utilisation d’engrais chimiques. Par ailleurs, il y a également peu de terres disponibles pour le pacage communal, sauf peut-être sur les bords des chemins. Pour l’agriculteur, les résidus de culture et les herbacées de saison sèche ont désormais une valeur réelle. Voilà où l’on en est dans toutes les zones où la densité de population dépasse les 40 habitants au km2. La façon dont les terres se sont peuplées peut être illustrée par les changements qui se sont produits dans l’ancienne province du Kano au Nigeria, entre 1960 et 1991 (figure 1). Là, les agriculteurs à la recherche de nouvelles terres doivent quitter leur pays d’origine, car il n’y a plus de terres disponibles, ni au Nord, près de la frontière nigérienne, ni dans la brousse jadis infestée de tsé-tsé du Sud (Tiffen 2001). C’est également le cas au Sénégal (Ba et al., 2000). Il reste dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest des terres cultivables disponibles aux portes des déserts – où l’agriculture comporte des risques conséquents, comme par exemple au Niger –, ou dans ce que l’on appelle la « ceinture centrale » de l’Afrique de l’Ouest, là où les nouveaux occupants défrichent la brousse et repoussent la mouche tsé-tsé. Dans la plus grande partie du Kenya et une grande partie de l’Ouganda, la terre est rare, mais il y a en Zambie et au Zimbabwe comparativement plus de terres non cultivées et non revendiquées.

Figure 1. Les changements de densité de population dans l’ancienne province du Kano.


 

L’urbanisation pousse à des changements dans l’agriculture

De nombreux chercheurs prennent en compte le fait qu’on ne pourra bientôt plus aller nulle part chercher de nouvelles terres à cultiver (ce que l’on appelle, en référence à la conquête de l’Ouest américain, la « fin de la frontière ») et que dans ce contexte les agriculteurs sont incités à accorder plus de soin à leurs cultures, à mécaniser la traction animale et à remplacer les éléments nutritifs du sol par le fumier ou les engrais chimiques, notamment lorsqu’il existe un marché pour leurs produits. En parlant de marché, on pense cependant encore au marché à l’export. Peu de chercheurs prennent suffisamment en compte un autre changement démographique, l’urbanisation croissante. On peut dire qu’il y a un moment de bascule lorsque le taux d’urbanisation s’accélère alors que la croissance rurale ralentit, cesse, et laisse même dans certains cas place à un déclin (Tiffen 2003). De nombreux pays d’Afrique subsaharienne ont atteint ce moment de bascule, avec une croissance de la population rurale de moins de 0,5 % par an (figure 2). L’ONU estimait en 2000 que les urbains représentaient 24 % de la population en Afrique de l’Est, 54 % en Afrique australe et 39 % en Afrique de l’Ouest. Ces chiffres sont déjà dépassés : certaines villes connaissent une croissance annuelle de 5 à 8 %. Les villes de la zone montrée dans la figure 1, par exemple, ont connu une croissance annuelle de 5,3 % entre les recensements de 1952 et 1991 ; cette croissance annuelle a été de 7,9 % dans la région de Diourbel, au Sénégal, entre les recensements de 1988 et 2002 (Tiffen 2006).

Figure 2. Croissance annuelle de la population rurale de 1998 à 2000, en pourcentage, dans les pays d’Afrique subsaharienne de plus de 10 millions d’habitants. Les pays sont ordonnés selon la taille de la population.
Source : Calculs effectués à partir des chiffres de la base de données Afrique de la Banque mondiale, 2002.
Il est crucial de prendre en compte l’urbanisation croissante, car elle pousse à des changements dans l’agriculture. Elle modifie, premièrement, le marché des produits agricoles. Deuxièmement, elle affecte la disponibilité de la main-d’œuvre, car de nombreux jeunes vont se trouver dans les villes ou en train d’étudier pour se préparer à une activité extra-agricole. Troisièmement, elle entraîne un besoin de capital car il faut modifier et adapter les pratiques culturales aux nouveaux marchés dans un contexte où la terre est déjà rare. Tous les agriculteurs ne sont pas en mesure de faire face, et certains seront obligés d’abandonner le métier. Pour aider ces derniers, il faut promouvoir des emplois plus productifs dans les villes en veillant à ce qu’elles disposent des infrastructures nécessaires, l’électricité par exemple (Tiffen, 2003).

Il faut nourrir ces villes en croissance. Divers mécanismes selon les pays – taxes ou subsides nationaux, subventions à l’exportation de la part de pays tiers, taux de change fixes ou sous-évalués – ont poussé à une préférence pour le riz, et dans une moindre mesure pour le blé, ce qui signifie que les zones proches des ports importent ces céréales de choix. Cette situation peut être observée très clairement au Sénégal où la population croissante des villes préfère le riz au millet. Dans d’autres pays, en revanche, la population des villes consomme essentiellement des céréales, des racines et des légumineuses locales : sorgho, maïs, millet, manioc, haricot et arachide. Le Nigeria, particulièrement après les dévaluations des années 1980, en est un exemple. Le contraste entre le Nigeria et le Sénégal en termes d’importation de produits alimentaires par habitant est illustré dans la figure 3. Dans des pays comme le Nigeria, les agriculteurs sont fortement incités à augmenter leur production d’aliments locaux, et les négociants sillonnent les routes pour les acheminer des exploitations vers les marchés urbains. Ces cultures alimentaires sont devenues pour les agriculteurs une source de revenus bien plus importante que les cultures d’exportation traditionnelles, particulièrement dans les zones arides.

Figure 3. Importations alimentaires par habitant, de 1981 à 2000, en dollars US constants, au Nigeria et au Sénégal.
Source : Calculs effectués à partir des chiffres de la base de données Afrique de la Banque mondiale, 2002. Les données pour le Nigeria ne sont pas disponibles en dollars constants après 1997, mais les données en dollars courants sont peu différentes.

Il faut noter que ces cultures alimentaires produisent également du fourrage pour les animaux. Le revenu des urbains étant en moyenne légèrement supérieur à celui des ruraux, cela leur permet de compléter les céréales par davantage de viande, de lait ou de légumes. Les agriculteurs réalisent alors que la demande en produits animaux croît encore plus vite que la demande en céréales et en graines. Les zones agricoles bien reliées aux villes ne disposent cependant plus de pâturages disponibles, car les terres fertiles sont cultivées ou clôturées. Donc, si les agriculteurs veulent répondre à la demande croissante en lait et en viande, ils doivent nourrir principalement les animaux de résidus de culture et souvent les parquer ou les attacher pour qu’ils n’abîment pas les cultures, d’où la nécessité d’investir dans des clôtures et des étables. Cela signifie aussi que les résidus de culture peuvent être vendus, soit en faisant payer le droit de pacage aux propriétaires de troupeaux en transhumance, soit en en faisant des bottes qui seront vendues sur les marchés locaux.

Le fourrage de grande valeur, comme les feuilles de niébé et d’arachide, atteint des prix plus élevés que celui de moindre valeur, comme les tiges de sorgho (Hassan, Hoffmann, & Steinbach 1998). Le prix des fourrages de grande valeur autorise leur transport par camion, comme on peut le constater en observant le trafic routier en saison dans les zones densément peuplées. Les agriculteurs peuvent être amenés à considérer que cela vaut la peine d’utiliser des médicaments vétérinaires et des compléments alimentaires animaux. L’engraissement d’animaux parqués peut être très rémunérateur, mais il entraîne un coût de main-d’œuvre plus élevé que la conduite de troupeaux, car il faut apporter tous les jours de l’eau et du fourrage aux animaux (Mortimore & Adams 1999). Cette intensification des méthodes d’élevage signifie que la densité animale augmente en même temps que la densité d’habitat et de culture (Bourn & Wint 1994). Ainsi, dans deux districts ruraux de l’État de Gombe, au Nigeria, la densité humaine est passée de 74 et 54 habitants au km2, lors du recensement de 1963, à 184 et 174 habitants au km2 au recensement de 1991, alors que la densité animale passait dans la même période de 8 à 20-50 têtes de bovin au km2 en saison sèche (Tiffen2006), tiré de cartes (Bourn et al. 1994). Le nombre d’ovins et de caprins est, bien sûr, encore plus élevé. Alors que ces deux zones étaient réputées dans les années 1960 pour leur production de coton cultivé en alternance avec le sorgho, elles envoient désormais du niébé et du bétail aux marchés de tout le Nigeria, tout en approvisionnant en maïs et en sorgho les villes environnantes en pleine croissance.

Certains agriculteurs détenant du bétail peuvent aussi décider d’investir dans un puits ou un barrage. Ces investissements lourds semblent cependant plus justifiables pour l’élevage laitier que pour l’embouche. Ils sont fréquents, par exemple, dans certaines parties du Kenya où ils permettent aux agriculteurs de faire appel à des races laitières croisées (Fall 2000). Ailleurs, le bétail produit également du lait qui peut être apprécié à la table de l’agriculteur ou vendu localement après un traitement sommaire, mais cela reste souvent un sous-produit, marginal par rapport au but final d’élevage pour la viande.

On comprend aisément que les exploitations mixtes agriculture-élevage ont tout autant besoin de fonds de roulement pour l’achat d’intrants que de fonds d’investissement, d’abord pour se constituer des stocks, mais aussi pour construire des installations (étables, silos à fourrage, clôtures, points d’eau, etc.). Le chemin existe, qui peut mener un petit agriculteur avisé jusqu’à la possession de bétail : il passe par des étapes cumulatives, commence souvent par la volaille, passe ensuite par les brebis et les chèvres, et permet d’arriver aux bovins. Mais certains ne réussissent pas à l’emprunter, cherchent désespérément à nourrir leur famille par toutes sortes de petits travaux extra-agricoles, ou travaillent la terre pour d’autres et peuvent se trouver réduits un jour ou l’autre à céder leurs terres. Le contraste entre ces familles d’agriculteurs qui réussissent et d’autres qui ne réussissent pas a été bien montré dans une étude sur l’ancien bassin arachidier du Sénégal, illustrée par la figure 4.

Des groupes ont été déterminés en fonction de leur capacité à couvrir les besoins familiaux en millet et arachide. Le groupe 1 rassemblait les agriculteurs qui pouvaient couvrir moins de 6 mois de consommation et achetaient à l’extérieur des quantités importantes de nourriture, du riz principalement. Les agriculteurs du groupe 2 pouvaient couvrir 6 à 12 mois de consommation du foyer, ceux du groupe 3 plus de 12 mois. Les groupes 1 et 3 représentaient chacun environ 29 % de l’échantillon d’agriculteurs et le groupe 2,41 % (Faye et al. 2001) (Faye & Fall 2000). Le gouvernement sénégalais considérait la zone étudiée comme faisant encore partie du bassin arachidier qui fournit le produit de base pour l’huile d’arachide, une exportation traditionnelle du pays. Les entretiens approfondis avec les agriculteurs montrèrent cependant que beaucoup d’entre eux ne vendaient pas d’arachide. Ils en cultivaient certes tous, mais d’abord pour l’alimentation de leur famille, ensuite pour le fourrage du bétail qui représentait l’essentiel des revenus de l’exploitation – et fournissait également le fumier pour leur millet –, et enfin seulement pour la vente, et encore souvent dans les villes voisines et sous forme d’huile artisanale (Mortimore & Tiffen 2004). Leurs investissements allaient de pair avec leurs profits : les agriculteurs les plus à l’aise, ceux du groupe 3, investissaient 19 % de leurs revenus en numéraire dans l’achat d’animaux, 2 % en équipement, 3 % en alimentation animale ou en médicaments et seulement 3 % en intrants agricoles. Les animaux les plus vendus étaient les moutons, particulièrement à l’occasion des grandes fêtes musulmanes et des pèlerinages à la ville sainte de Touba .
Les agriculteurs du groupe 2 en faisaient plus ou moins autant, mais ne pouvaient consacrer que 12 % – d’un revenu moindre – à l’achat d’animaux. Ceux du groupe 1 n’étaient pas en mesure d’investir.

Figure 4. Revenu total par membre du foyer et sources de revenus à Diourbel pour trois groupes d’agriculteurs, pour la saison agricole 1999-2000, en FCFA.
Source : Faye et Fall (2000) : 1 $ US = 615,7 FCFA en 1999. Le revenu par tête est faible, mais peut-être pas autant que ne l’indique le graphique : les chefs de famille négligent de prendre en compte les revenus « personnels » de leurs épouses et enfants adultes.

On voudra bien croire que de nombreux agriculteurs du groupe 1 trouveront un jour ou l’autre préférable de vendre leur terre et de se consacrer entièrement à une activité extra-agricole. Des cessions de terres de ce type ont été en effet mises en évidence par une étude menée à Maradi au Niger (Boubacar 2000). À Maradi, les agriculteurs avaient presque complètement abandonné l’arachide au profit la culture de millet, de niébé et de la noix tigrée destinés aux villes situées juste de l’autre côté de la frontière avec le Nigeria ; là aussi, les agriculteurs les plus riches avaient fait des investissements heureux en bétail (Mortimore et al. 2001).

Il existe des alternatives en termes d’investissement. Dans les zones situées à la fois près d’une ville et au-dessus d’une nappe d’eau pas trop profonde, les agriculteurs peuvent choisir d’investir dans l’accès à l’eau pour la production horticole. Lors d’une visite récente (juin 2006) dans l’État de Gombe, au Nigeria, on a pu observer le contraste entre, d’une part, le projet gouvernemental qui prévoyait que les agriculteurs cultivent 0,1 hectare de riz, récoltent deux moissons par an et déboursent 1 500 Nairas pour l’eau, et d’autre part un agriculteur du voisinage qui cultivait des légumes verts sur 0,8 hectare et durant 8 mois de l’année, de novembre à juillet. Ces légumes arrivaient à maturité en 27 à 30 jours, ce qui lui permettait de faire 6 à 8 récoltes par an. Il faisait ensuite une récolte de riz durant la saison humide. Il payait 1 000 Nairas tous les 5 jours pour l’eau. Les autres dépenses étaient la main-d’œuvre et les engrais. L’eau provenait d’un forage effectué à titre privé et payé par l’association paysanne locale. (1 000 Nairas = 6,33 euros en juin 2006.)

Un autre investissement qui a du succès, c’est l’éducation – du moins dans les pays où l’éducation peut être vue comme un moyen possible de procurer à un enfant un bon emploi extra-agricole. Cela absorbe une bonne part du capital familial au Kenya où les frais de scolarité sont substantiels dans l’enseignement secondaire (Nzioka 2000) ; (Gichuki et al. 2000), mais beaucoup moins dans les pays où les gens de la campagne ont une mauvaise image de l’école – quand les professeurs, au Nigeria par exemple, ne sont plus payés et ne sont pas motivés (Tiffen2001) – ou s’ils pensent que leurs enfants ont peu de chances de réussir à cause de problèmes de langage, ou s’ils craignent, comme au Sénégal, qu’une éventuelle réussite ne les coupent de leurs racines (Wilson Fall 2000). Au Kenya, même dans les districts les plus pauvres, presque tous les garçons et filles bénéficient au moins de l’éducation primaire, parce qu’il est considéré comme essentiel de pouvoir communiquer, lire et écrire en swahili. Comme le disait un agriculteur, « tu ne trouveras pas de travail, même comme berger, si tu ne sais pas lire le mode d’emploi sur un paquet ».

Les agriculteurs considèrent encore le bétail comme une sorte de banque, un moyen de conserver des fonds disponibles en cas de mauvaise fortune ou de répondre à des besoins financiers épisodiques importants (mariage, maladie ou, au Kenya, frais de scolarité), mais ce serait une erreur profonde que de croire qu’ils ne les considèrent pas également comme des biens commerciaux. Les agriculteurs, que ce soit au Sénégal ou ailleurs, prennent la décision, telle année et dans telle conjoncture de marché, d’investir dans l’achat de 5 moutons ou de 500 kg de semences d’arachide (Schoonmaker Freudenberger & Schoonmaker Freudenberger 1993).

Il faut faire évoluer la recherche agronomique, faire face, comme les agriculteurs, à des sociétés en mutation

Comment se fait-il que les changements profonds qui affectent l’agriculture dans un contexte d’urbanisation croissante restent parfois ignorés des chercheurs ? En partie parce que les chercheurs sont attachés à des visions traditionnelles : ils ont toujours considéré les cultures, particulièrement celles destinées à l’exportation, comme la source principale de revenus pour l’exploitation et le moteur principal de l’économie du pays. C’est souvent aussi le point de vue de leur gouvernement, ainsi que des bailleurs de fonds qui subventionnent la recherche. Mais les agriculteurs et les négociants ne peuvent pas se permettre d’être tenus par la tradition ; ils doivent réagir aux fluctuations du marché pour leurs produits et du prix des facteurs de production – la terre, le travail et le capital – pour survivre et subvenir aux besoins de leur famille. Le besoin d’une information sur les marchés est tel que, dans certains pays, nombre d’entre eux investissent dans un téléphone mobile. Il doivent passer à d’autres cultures, acheter ce qu’il faut pour maintenir leurs animaux en bonne santé, ou abandonner le métier pour travailler ailleurs, souvent dans le secteur informel urbain.

Il serait temps, de ce fait, que ceux qui étudient l’économie agricole autant que ceux qui décident de l’affectation des fonds à la recherche s’adaptent, comme les agriculteurs, aux sociétés en mutation rapide dans lesquelles ils vivent. Quand ils étudient une exploitation agricole, ils doivent prendre en compte les revenus qui proviennent du bétail (la viande, le lait, la mise à disposition de traction animale) autant que ceux des cultures, les coûts liés à l’élevage et la valeur des résidus de culture souvent négligée. Ils doivent demander, non pas simplement quelles ont été les sources de revenus cette année où les pluies ont été bonnes, mais aussi comment les choses se sont passées l’année dernière avec les mauvaises pluies, car on peut acheter du bétail dans les bonnes années et puiser dans ce capital animal dans les mauvaises. Une vente de bétail est un revenu dans certaines circonstances et une perte de capital dans d’autres. Au-delà, les chercheurs doivent interroger les agriculteurs sur les changements qu’ils ont effectués dans leur exploitation dans les dix dernières années et sur les investissements qu’ils espèrent faire dans l’avenir. Ils trouveront peu d’agriculteurs qui n’aient pas d’idée sur la question (voir, pour un exemple, (Mbogoh 2000). Et, pour avoir une idée des changements auxquels ils peuvent s’attendre – et être ainsi à même de mettre au point leurs questionnaires – ils devraient discuter avec quelques négociants de la ville voisine, de ceux qui gagnent leur vie en observant les tendances et les fluctuations du marché. Ou avec le chef des bouchers qui leur dira clairement si les ventes en ville sont en hausse ou en baisse et leur donnera une idée des volumes de vente hebdomadaires. Ou avec le président de l’association des grossistes en viande ovine et caprine, qui sait assez précisément combien de têtes de bétail sont expédiées chaque semaine dans d’autres villes. De nos jours, certains négociants tiennent des livres de comptes, notamment dans les pays où l’enseignement de la lecture et de l’écriture se fait en langue locale – il s’en trouve même, dans les pays suffisamment équipés, qui utilisent l’ordinateur, l’e-mail et les services bancaires Internet, comme on a pu récemment le constater à Gombe, au Nigeria. Il est temps que les chercheurs descendent de leur tour d’ivoire, sortent de leur bibliothèque poussiéreuse et laissent un peu de côté leur propre ordinateur pour s’intéresser à ce que font leur concitoyens. Ils doivent reconnaître le talent et l’habileté de ceux qui cultivent les zones arides de l’Afrique et qui sont en train de redisposer leurs batteries de culture et d’élevage pour répondre à la montée en puissance du marché urbain local.

Ce résumé est basé sur Tiffen (2006), qui va plus avant dans les méthodologies et les problèmes d’évaluation des revenus de l’élevage. Il contient aussi des éléments puisés dans les Drylands Research Working Papers de différents auteurs, qui peuvent être téléchargés sur le site drylands research.
Je remercie Michael Mortimore et tous mes collègues chercheurs pour les études menées par Drylands Research dans différents districts du Sénégal, du Nigeria, du Niger et du Kenya entre 1998 et 2000. Le Department for International Development britannique a subventionné l’essentiel de cette recherche.

Références

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08/02/2007