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Le changement climatique et les stratégies de S&T pour la R&D agricole dans les pays ACP

Author: Ogunlade Davidson

Date: 01/01/2007

Introduction:

La température de l’air au niveau du sol et des océans, l’élévation du niveau moyen de la mer dans le monde et le recul des glaciers nous fournissent maintenant suffisamment de preuves scientifiques convaincantes : le climat de la planète se réchauffe et ce réchauffement est à imputer en majeure partie aux activités humaines. Bien que les gaz à effet de serre soient indispensables au maintien de la vie dans l’atmosphère, la concentration des gaz à effet de serre, en particulier du dioxyde de carbone, du méthane et de l’oxyde nitreux dépasse nettement les niveaux préindustriels. En se basant sur des données fiables, certains prévoient que, si les tendances actuelles se poursuivent, la température moyenne à la surface du globe aura augmenté en 2010 de 1,4 à 5,8 ° C par rapport aux niveaux de 1990, causant de grands déséquilibres économiques et écologiques.

Comme les autres pays en développement, les pays ACP consomment peu de combustibles fossiles et contribuent donc très peu à ces émissions, mais ils auront à supporter la plus grande partie des conséquences du changement climatique, à cause de leur incapacité à réagir adéquatement aux changements annoncés. La plupart des pays ACP accusent un retard par rapport aux autres régions en développement et devront probablement subir les effets les plus pervers. On peut améliorer la situation dans les pays ACP et la gestion des émissions de gaz à effet de serre en recourant à des options plus judicieuses au plan environnemental qui risquent toutefois de se révéler onéreuses.


 

Malheureusement, la réponse lente apportée par le système climatique mondial rendra la stabilisation des gaz à effet de serre difficile et il faudra donc du temps pour qu’il s’adapte de façon appropriée. Le changement climatique se poursuivra inévitablement si la tendance à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre continue. Les changements attendus auront des effets pervers sur les ressources en eau, l’agriculture, les écosystèmes naturels et la santé humaine, qui entraîneront des bouleversements sociaux et économiques. Par conséquent, les régions et les pays du monde entier doivent se préparer aux changements attendus, surtout les pays en développement, car ils possèdent des capacités d’adaptation relativement faibles et une infrastructure restreinte.

La variabilité des climats, particulièrement en ce qui concerne le changement des modèles de températures et de précipitations, menace de façon plus immédiate l’agriculture des ACP. Ces derniers temps, des conditions climatiques extrêmes, en particulier des inondations exceptionnelles, des sécheresses graves et des tempêtes violentes, ont provoqué des changements radicaux du secteur agricole des ACP. Ces bouleversements ont eu des répercussions très importantes sur la sécurité alimentaire et le commerce agricole à l’échelon régional.

Le changement climatique et l’agriculture

L’agriculture est une activité ancienne qui est importante pour la survie de l’être humain, la prospérité économique et le commerce. Elle contribue de façon considérable aux économies nationales dans le monde entier, mais surtout dans les pays ACP qui sont relativement peu industrialisés et fortement dépendants des systèmes naturels. S’il n’est pas correctement géré, le développement futur du secteur agricole peut aggraver encore le changement climatique et provoquer les incidences négatives qui l’accompagnent : réduction de la surface de terres cultivables disponibles, diminution des récoltes et insécurité alimentaire. Les méthodes de l’agriculture intensive, qui utilisent des combustibles fossiles, des engrais commerciaux et des pesticides, et qui exigent une forte consommation d’eau, peuvent conduire à une augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère qui entraîne une élévation du niveau de la mer et une migration des populations par suite des agressions contre l’environnement.

Domaines de préoccupation au sujet de la R&D

Bien que l’agriculture, d’un côté, contribue au changement climatique, elle peut, d’un autre côté, aider les pays et les régions, en particulier les pays ACP, à s’adapter et à atténuer le changement climatique. Parmi les stratégies bénéfiques, on peut citer :

  • Le développement et l’introduction de variétés de cultures aux cycles de culture de durée diverse qui fournissent des rendements élevés dans des conditions ingrates ; par exemple, les variétés de riz à haut rendement, qui conviennent parfaitement aux zones non inondées, peuvent contribuer à réduire les émissions de méthane.
  • L’amélioration de la gestion et de l’efficacité des engrais par pénétration profonde dans le sol ou utilisation d’inhibiteurs de nitrification, d’engrais retard et de couvertures d’engrais pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
  • ’utilisation d’additifs alimentaires afin d’accroître l’efficacité de la digestion du bétail et d’améliorer ainsi la productivité animale.
  • L’utilisation de technologies agricoles appropriées pour décourager l’agriculture itinérante.
  • Le recensement et l’utilisation des systèmes de savoir indigène qui sont systématiquement enregistrés afin d’être disponibles pour le personnel de R&D et pour les décideurs.

Proposition de stratégie de R&D pour le renforcement des capacités

S’ils veulent mieux se préparer aux changements prévus, les pays ACP doivent envisager des politiques et des mesures scientifiques et technologiques sérieuses, reposant sur une collaboration internationale qui contribuera à diminuer le taux d’émission de gaz à effet de serre. Cependant, cette collaboration doit se fonder sur un principe directeur de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), celui des « responsabilités communes mais différenciées ». Les pays ACP doivent bénéficier d’une collaboration avec les pays développés et adopter et mettre en œuvre des mesures favorisant la collaboration. Les programmes conjoints de recherche et développement (R&D) visant à suivre l’évolution du changement climatique et de son impact sur les systèmes agricoles offrent un domaine de collaboration constructive. Les pays ACP auront besoin de meilleures capacités pour participer efficacement à une collaboration de ce type.

Capacity Building in Climate Change and Agriculture

Le monde peut se diviser en trois groupes économiques, comme l’illustre le schéma ci-dessus. Il y a un groupe de pays subvenant à leurs propres besoins, qui disposent d’un PNB par habitant de plus de 10 000 dollars américains. Ces pays ont la capacité d’atténuer le changement climatique et de s’y adapter. Un autre groupe est constitué de pays en développement qui ont un PNB se situant entre 7 000 et 10 000 dollars par habitant. Ils ont une certaine capacité d’atténuation et d’adaptation. Le troisième groupe, auquel appartient la plupart des pays ACP, regroupe des pays où il s’agit de survivre. Leur PNB par habitant ne dépasse pas 1 000 dollars. Ces pays ont une très faible capacité à s’adapter au changement climatique et ils peuvent à peine en atténuer les répercussions car ils émettent eux-mêmes très peu de gaz à effet de serre.

La stratégie de renforcement des capacités décrite ci-dessus imposera à tous les groupes la responsabilité de participer efficacement à une R&D conjointe. Les organismes de R&D des pays subvenant à leurs propres besoins devront être encouragés à soutenir le programme d’action des pays de survie et des pays en développement, et à encourager l’utilisation des capacités locales dans ces pays. Ils devront développer des programmes de R&D flexibles, pouvant s’adapter à ceux des pays des autres groupes. Il faudra que les organismes de R&D des pays en développement soient disposés à mettre en place des réseaux et des partenariats avec des organismes similaires des pays de survie. Tous ces organismes devront promouvoir le partage des responsabilités et prendre des engagements sur le long terme. La responsabilité la plus importante des organismes de R&D dans les pays de survie, qui comprennent les pays ACP, consiste à créer un environnement plus réceptif à la collaboration. À cette fin, ils recenseront les capacités locales tout en repérant les écueils et les ressources, encourageront et utiliseront les compétences, les capacités et les ressources locales, feront l’inventaire des ressources externes permettant de remédier aux disparités, et renforceront les connaissances et les relations. Ces relations sont représentées par les liens A1-A2, B1-B2 et C1-C2.

Conclusions

Les tendances récentes montrent que la réussite dans l’économie mondiale passe par une augmentation des capacités en matière de savoir, d’innovation, de gestion et de technologie. Les pays ACP peuvent améliorer leur potentiel à l’aide de programmes de R&D systématiques bien planifiés. Aujourd’hui, les activités de R&D sont très compétitives et elles exigent des moyens financiers et des ressources humaines considérables. Des liens de collaboration entre partenaires du Nord et du Sud offrent donc une solution pour faire face au changement climatique. Un agenda de recherches conjointes offre la possibilité de partager les ressources et de mettre en œuvre des activités permettant aux pays ACP de réagir efficacement face à ce phénomène planétaire.

Professeur Ogunlade Davidson

Faculté d’ingénierie, University of Sierra Leone, P.M.B., Freetown, Sierra Leone

ogunlade@sierratel.sl

October 2005

01/01/2007