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Partenariats européens en faveur de la recherche agricole axée sur la demande et du développement des capacités: exemple de l’Afrique

Author: Tim Chancellor, Michael Hauser et Paolo Sarfatti Alliance européenne dans le domaine des connaissances agricoles pour le développement (AGRINATURA)

Date: 30/04/2014

Introduction:

AGRINATURA est un groupement d’universités et d’organisations de recherche européennes dont l’intérêt commun est d’encourager le développement agricole durable. Cet organisme est membre du Forum européen de recherche agricole pour le développement (EFARD), qui est la composante européenne du Forum mondial de la recherche agricole (GFAR). L’EFARD est similaire au Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA). D’après AGRINATURA, la recherche et l’enseignement supérieur constituent la base des innovations nécessaires pour accroître la production agricole, la productivité et la durabilité en vue de répondre aux besoins alimentaires des populations à forte croissance démographique et de préserver les ressources naturelles pour les générations futures.  


 

Introduction  

AGRINATURA peut s’appuyer sur des compétences et expériences pluri et interdisciplinaires, que ce soit en Europe ou ailleurs. En tant que membre de l’EFARD, elle est chargée de mettre en œuvre certains programmes en son nom. Elle collabore, dans le cadre de partenariats stratégiques, avec des organismes de recherche et de développement agricole (RDA). Bien que particulièrement active en Afrique subsaharienne, elle reconnaît la nature internationale des questions agricoles posées, qui concernent également l’Europe. Les liens complexes qui unissent, par exemple, la sécurité alimentaire et la sécurité énergétique imposent de trouver des solutions multisectorielles et de recourir à une coopération intercontinentale.  

AGRINATURA agit en partenariat avec des collaborateurs internationaux tels que le Forum régional universitaire pour le renforcement des capacités dans le domaine de l’agriculture (RUFORUM). Son but est de favoriser l’excellence scientifique par le biais de projets et de programmes communs de recherche, d’enseignement et de formation et de renforcer le soutien accordé aux programmes de recherche et d’enseignement agricoles qui contribuent à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement et du nouveau programme des Objectifs de développement durable.  

Partenariats en faveur de la recherche agricole axée sur la demande  

La Plateforme pour un partenariat Afrique-Europe dans le domaine de la recherche agricole pour le développement (PAEPARD) témoigne de l’engagement de l’Europe en faveur de la promotion d’une recherche agricole axée sur la demande. La PAEPARD est une initiative conjointe du FARA et de l’EFARD, financée par la Commission européenne (CE). AGRINATURA représente l’EFARD dans cette initiative et participe à la plupart des activités. La PAEPARD vise à accroître la participation des organisations africaines dans les programmes européens de recherche agricole et la participation des organisations de la société civile et du secteur privé dans la recherche agricole. Cette plateforme travaille en collaboration avec des consortiums de partenaires intéressés par des thèmes de recherche spécifiques, en identifiant les questions pertinentes, les sources de financement et en élaborant des propositions de recherche. Les facilitateurs d’innovation agricole, qui bénéficient d’une formation dans le cadre de ce projet, agissent comme des agents neutres chargés d’aider les parties prenantes, dont les attentes et les méthodes de travail diffèrent, à trouver un consensus.  

Travailler avec les exploitants agricoles  

Bien que les appels à propositions concurrentiels de la PAEPARD aient donné lieu à des idées novatrices, ce processus a souvent conduit à des partenariats déséquilibrés qui ne reflétaient pas de façon adéquate les intérêts de certaines parties prenantes, notamment, des organisations d’agriculteurs. Un nouveau processus a conféré aux organisations d’agriculteurs un rôle crucial dans la détermination des priorités de recherche ainsi que dans la réalisation d’études visant à identifier les lacunes et les possibilités et à constituer des équipes de recherche pour répondre aux questions spécifiques posées dans ce domaine. Par exemple, la Fédération des agriculteurs d’Afrique orientale a créé un consortium de recherche sur l’élevage extensif, qui a soumis des propositions de recherche en vue d’améliorer la santé animale et la productivité dans le sous-secteur de la viande bovine.  

La place plus importante accordée aux organisations d’agriculteurs au sein de la PAEPARD se reflète dans deux initiatives de recherche agricole menées par AGRINATURA. L’une d’elles correspond au projet intitulé « Renforcer les capacités des petits producteurs pour un meilleur accès aux marchés » (ESFIM), qui a débuté en 2007 et qui en est maintenant dans sa troisième phase de mise en œuvre. Cette initiative a donné lieu à plusieurs réalisations majeures. Le projet ESFIM soutient la recherche-action induite par la demande, qui s’aligne sur les objectifs stratégiques des organisations d’agriculteurs, qui améliore leur capacité à accéder aux marchés en produisant des données factuelles susceptibles d’avoir une influence sur l’environnement politique et réglementaire, et qui contribue à la création d’organisations et d’institutions économiques efficaces. Le projet facilite l’échange entre les pays de connaissances sur l’efficacité des différents instruments et arrangements institutionnels, ce qui est essentiel à la bonne adoption du processus d’innovation et de conception de la politique du programme ESFIM.  

Récemment créée (2012), l’Organisation panafricaine des producteurs agricoles (PAFO) est une entité regroupant des organisations d’agriculteurs aux niveaux régional, national et local. Il s’agit d’un partenaire majeur dans le projet ESFIM, dans le projet de gestion des risques agricoles en Afrique (FARMAF), ainsi que dans le programme PAEPARD. La PAFO et les membres qui la composent jouent un rôle essentiel, qui consiste à veiller à ce que les innovations techniques et institutionnelles soient adaptées aux conditions locales.  

Le projet FARMAF opère au Burkina Faso, en Tanzanie et en Zambie. Les petits exploitants installés dans les zones d’agriculture pluviale en Afrique subsaharienne sont exposés à de nombreux risques, tels que la sécheresse, les inondations, les nuisibles, les maladies et la volatilité des marchés. Le projet FARMAF vise à mettre à leur disposition différents outils permettant de gérer ces risques, de trouver des sources de financement, d’acquérir et d’utiliser des intrants susceptibles d’améliorer la productivité et d’adopter des stratégies de commercialisation visant à améliorer les rendements. Le projet met particulièrement l’accent sur les femmes agricultrices, responsables d’une grande partie de la production agricole en Afrique.  

Encadré 1 : Renforcer les capacités des petits producteurs pour un meilleur accès aux marchés

La composante de la phase 2 du programme ESFIM « Soutien au programme de plaidoyer par la recherche collaborative » a aidé les organisations d’agriculteurs nationales dans plusieurs pays en développement à formuler des propositions réalisables, fondées sur des données factuelles, visant à faire changer l’environnement institutionnel pour permettre l’accès effectif des petits exploitants aux marchés. Au Kenya, une étude ESFIM sur l’intervention du gouvernement dans les marchés des intrants et des extrants agricoles, notamment sur les effets des subventions accordées aux agriculteurs pour les semences de maïs et les engrais, a montré que seulement 12 % des petits exploitants ciblés en bénéficiaient directement. Malgré une amélioration des rendements et une baisse des coûts de production, leurs bénéfices nets ont considérablement diminué en raison des contraintes systémiques persistantes liées au manque d’infrastructures et à l’accès limité aux marchés officiels. En outre, les interventions sur les marchés des intrants ont limité le développement des systèmes privés de distribution d’intrants, rendant l’offre future d’intrants plus incertaine pour la majorité des petits exploitants agricoles. La KENFAP a utilisé cet élément factuel pour appuyer une résolution officielle adressée au gouvernement kenyan pour qu’il remédie aux faiblesses identifiées avant que le programme soit élargi à d’autres cultures (Ton et de Grip, 2011).

Renforcement des capacités dans l’agriculture et les sciences associées : partenariats avec des universités  

Le renforcement des capacités est une priorité absolue si l’on veut tirer pleinement profit de tous les avantages de l’augmentation prévue des investissements dans la recherche agricole. Dans le cadre du projet PAEPARD, un groupe de travail séparé œuvre en faveur du renforcement des capacités. Il est conjointement dirigé par le RUFORUM et AGRINATURA [1] et s’adresse aux consortiums de recherche ciblés et aux organisations elles-mêmes. Dans les équipes regroupant plusieurs parties prenantes, les partenaires individuels ont souvent des besoins différents en termes de capacités ; les besoins individuels, organisationnels et institutionnels doivent en effet être abordés de manière holistique de sorte que les interventions de renforcement des capacités se confortent mutuellement.  

AGRINATURA et le RUFORUM participent également à la réalisation de plusieurs projets financés par le biais du programme pour l’enseignement supérieur (EDULINK) en faveur de la coopération entre les pays ACP et les États membres de l’UE, qui est lui-même financé par la CE. EDULINK soutient le renforcement des capacités et l’intégration régionale dans l’enseignement supérieur par le biais de réseaux institutionnels, ainsi que l’amélioration de la qualité de l’enseignement supérieur pour répondre aux besoins du marché du travail et aux priorités de développement des États ACP. Sur la période 2006–2009, six des 55 projets financés concernaient le renforcement des capacités dans l’enseignement agricole et l’agriculture, qui est resté un thème central dans les phases ultérieures. Ce partenariat a permis d’améliorer les systèmes d’assurance qualité, la direction, la gestion et les compétences professionnelles transversales dans la recherche et l’innovation.  

Plaidoyer en faveur du financement de la recherche agricole axée sur la demande  

AGRINATURA travaille avec des partenaires africains afin d’identifier et de diffuser des données factuelles susceptibles d’influencer les décideurs politiques. Son but est d’encourager les principaux décideurs, par exemple la CE, l’Union africaine, ainsi que d’autres partenaires et bailleurs de fonds internationaux, à intégrer la recherche agricole multilatérale pour le développement dans leurs programmes. Par exemple, la PAEPARD a pour objectif de fournir des données factuelles visant à appuyer ses activités de plaidoyer, mais cherche également à influencer l’orientation et le contenu des différents appels à propositions de recherche, comme les appels ouverts lancés par l’Union africaine elle-même.  

Perspectives de nouveaux partenariats entre l’Europe et l’Afrique  

Le récent Programme de développement pour l’après 2015 intégrera des objectifs de développement (post-objectifs du millénaire pour le développement) et des objectifs de développement durable (post-conférence Rio+20), avec des objectifs et des cibles spécifiques à chaque pays. L’intégration et l’universalité fourniront un cadre politique de haut niveau pour renforcer les activités de collaboration entre le Nord et le Sud et pour poursuivre le développement des partenariats multilatéraux communs.   

Horizon 2020 est un nouveau programme de la Commission européenne prévoyant le lancement d’initiatives de recherche sur la période 2014-2020. L’un des trois thèmes prioritaires s’intitule « Défis sociétaux » (pour les communautés de l’UE) et porte sur les défis pouvant être relevés grâce à l’innovation développée par le biais de collaborations multidisciplinaires. Dans le programme Horizon 2020, la sécurité alimentaire est considérée comme un défi européen, bien qu’elle soit évidemment associée aux défis mondiaux et à l’agriculture durable en général. Elle est également reliée à d’autres défis sociétaux, tels que l’action dans le domaine de l’énergie et du climat, par le biais du concept de bioéconomie.  

Alors que le programme Horizon 2020 se centre sur des questions européennes et sur la compétitivité de l’Europe, des possibilités de collaboration internationale se profilent également. L’intensification écologique présente un intérêt à la fois pour l’Europe et pour l’Afrique et bénéficiera d’une étroite collaboration entre les organismes de recherche et d’enseignement et les autres parties prenantes (figure 1). Elle nécessitera une approche fondée sur de solides connaissances et d’importants investissements dans le domaine de la recherche et de l’innovation.  

Figure 1 : Schéma d’un système d’intensification durable (Réseau des solutions pour le développement durable, 2013).  

Enseignements tirés des partenariats   

La collaboration d’AGRINATURA avec les organisations partenaires passe en grande partie par des partenariats multilatéraux visant à faciliter et à œuvrer en faveur de la recherche agricole pour le développement axée sur la demande. Les organismes de recherche et de développement, les gouvernements, les partenaires du développement et les autres acteurs des systèmes d’innovation agricole ont ainsi pris conscience de l’importance de ces approches. Le projet PAEPARD met en avant le fait que le développement et la consolidation des partenariats multilatéraux de recherche agricole pour le développement prennent du temps. Les organisations issues de cultures de travail différentes doivent concilier des perspectives disparates, accepter les différences en termes d’attentes et construire une relation de travail efficace. Dans un partenariat, la diversité des capacités peut être une force, mais elle implique également qu’il faut renforcer les capacités par des interventions appropriées. Le temps est parfois considéré comme un coût de transaction. Pourtant, si les bailleurs de fonds adoptent une vision à plus long terme et encouragent des initiatives allant au-delà de la durée des projets – généralement comprise entre trois et quatre ans – ils ont nettement plus de chances d’aboutir à une issue positive. Le « coût de transaction » représente un « coût d’investissement ». Par exemple, les participants au projet PAEPARD ont pu démontrer à la CE la nécessité de continuer à investir dans le projet pour pouvoir produire des données factuelles attestant que les partenariats multilatéraux peuvent œuvrer au profit des agriculteurs et d’autres utilisateurs finaux.  

À ce jour, la PAEPARD a montré que les mécanismes de financement actuels n’étaient pas correctement orientés vers la recherche agricole pour le développement axée sur la demande, malgré le nombre croissant d’éléments attestant que ce type de recherche peut conférer certains avantages aux communautés rurales[2]. La PAEPARD se sert des enseignements tirés pour prôner l’intégration de la recherche agricole pour le développement induite par la demande dans les programmes des gouvernements nationaux et des bailleurs de fonds.  

De nombreux chercheurs en Europe et ailleurs souhaitent s’engager dans la recherche orientée vers le développement, mais sont peu incités à y participer. Leur évolution de carrière dépend de la publication d’articles scientifiques dans des revues à forts facteurs d’impact. Les études pluridisciplinaires sont généralement moins bien considérées que la recherche touchant à des disciplines séparées. Dans certains pays européens, des signes montrent qu’on attache désormais plus d’importance au fait qu’il faille considérer l’impact de la recherche pour le développement comme une mesure essentielle à la réussite de la recherche.  

Conclusion   

AGRINATURA montre que des intérêts communs dans le soutien au développement agricole peuvent se traduire par des initiatives concrètes en faveur de la sécurité alimentaire et de l’éradication de la pauvreté. Cette initiative démontre que le recours à des sources extérieures et à des connaissances scientifiques en Europe et en Afrique est essentiel si l’on veut surmonter la complexité des défis liés aux systèmes agricoles et alimentaires. De plus, les partenariats intercontinentaux favorisent l’équilibre des intérêts.  

Compte tenu de la nature internationale des questions associées à la sécurité alimentaire et à l’agriculture, la solidité des relations existantes entre les organismes régionaux et les organisations de recherche constitue la base des nouveaux partenariats de recherche entre l’Europe et les autres continents comme l’Afrique. Ces partenariats ne doivent plus appréhender les défis du développement agricole de façon isolée, mais doivent traiter les questions présentant un intérêt conjoint pour les sociétés européennes et africaines (ou d’ailleurs) en se concentrant sur le développement des capacités et sur l’enseignement supérieur afin de répondre aux besoins communs.  

Bibliographie  

Sustainable Development Solutions Network. 2013. Solutions for Sustainable Agriculture and Food Systems Technical Report For The Post-2015 Development Agenda.
 Le 18 septembre 2013, Sustainable Development Solutions Network, Paris, France.  

Ton, G. et de Grip, K. 2011. Empowering Smallholder Farmers in Markets: experiences in collaborative research with national farmer organisations to improve proactive
 advocacy for smallholder market access. ESFIM (Empowering Smallholder Farmers in Markets) Narrative report 2011 - Annual Progress Report for January to December 2011.

AGRINATURA & LEI Wageningen UR ; Wageningen, Pays-Bas.  

[1] Les membres d'AGRINATURA participants sont le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), l'Instituto Agronomico Per L'Oltremare (IAO), l'Institut des ressources naturelles (NRI) de l'Université de Greenwich, et le Centre international pour la recherche agricole orientée vers le développement (ICRA).

[2] Cela est le cas par exemple grâce au Programme challenge pour l'Afrique subsaharienne dirigé par le FARA (http://www.fara-africa.org/our-projects/ssa-cp/).

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30/04/2014